
La constellation familiale est un outil puissant de thérapie systémique qui nous rappelle que nous sommes tous enracinés dans des systèmes, que ce soit notre famille, notre milieu professionnel, ou d’autres liens significatifs. Dans cet article, nous allons plonger dans le monde de la constellation familiale, comprendre son fonctionnement et découvrir comment elle peut aider à dénouer les nœuds invisibles qui nous lient à notre clan familial.
Déroulement des constellations familiales
La thérapie systémique en action
La constellation familiale est un outil de thérapie systémique qui se penche sur les dynamiques relationnelles au sein d’un système donné (système familial, culturel, au sein d’une entreprise). Elle nous enseigne que nos problèmes personnels peuvent souvent être liés à des schémas familiaux profonds et à des loyautés inconscientes envers notre famille d’origine.
Mais comment ça marche exactement ?
La constellation familiale peut se vivre en groupe ou en individuel. Dans le 1er cas, les personnes présentes seront “utilisées” pour répresenter tel ou tel membre ou aspect. Dans le 2nd cas, en individuel, nous allons utiliser des objets, des papiers ou la visualisation pour mettre en scène le problème.
Ci-dessous je vais détailler le processus en groupe.
Prenons un exemple concret : Imaginez un client qui présente une problématique qu’il ressent comme limitante. Le constellateur, le professionnel de la constellation familiale, va alors guider le client à choisir des représentants parmi les personnes présentes pour symboliser les membres de sa famille ou du système impliqué dans la problématique. Ensuite, le client positionne dans l’espace ces représentantes. Il n’y a pas pas de bonnes ou de mauvaises manières de faire. Il s’agit juste de positionner comme cela lui semble juste à l’instant t. Le client dispose/matérialise à l’extérieur de lui la situation, ou la relation, qui lui est problématique. Cela permet d’avoir une image extérieur du ressenti intérieur du client.
La mise en scène des relations familiales
Une fois les représentants positionnés dans la salle, la magie opère. Cette mise en scène crée une projection visuelle des relations et des liens familiaux du client. La dynamique sous-jacente se dévoile alors, souvent de manière surprenante. En observant les représentants et en écoutant leurs ressentis, le constellateur et le client peuvent commencer à comprendre les dynamiques invisibles qui ont un impact sur la vie du client. Ces dynamiques peuvent inclure des loyautés inconscientes, des secrets familiaux, des schémas répétitifs et d’autres aspects profonds de la psychologie familiale.
La transformation et la libération
L’étape suivante consiste à travailler avec ces représentants pour changer la dynamique existante. Cela peut impliquer de déplacer physiquement les représentants dans la salle, de leur proposer des phrases à dire à haute voix ou de faire entrer de nouveaux représentants. Tout ce qui permet aux émotions de s’exprimer et de mettre du mouvement dans la dynamique présente est proposé par le constellateur. Au fur et à mesure que la constellation évolue, les représentants ressentent souvent un changement dans leurs émotions et leurs perceptions. C’est le signe que la dynamique familiale sous-jacente est en train de se transformer.
L’intériorisation du changement
L’image extériorisée et transformée de la constellation familiale est ensuite intériorisée par le client. S’il accepte cette nouvelle image, il peut commencer à ressentir un changement significatif dans sa vie. Les liens et les loyautés qui le limitaient auparavant peuvent se relâcher, permettant un plus grand bien-être et une plus grande liberté.
Des possibilités pour tous
La constellation familiale peut être pratiquée en séance individuelle ou en groupe. Elle offre une opportunité unique de mettre en lumière les liens qui nous relient à notre clan familial, souvent inconsciemment, et qui peuvent restreindre notre épanouissement personnel. Que vous soyez constellant, en explorant vos propres problématiques, ou représentant, en apprenant les bases de cette technique, la constellation familiale offre des perspectives profondes sur la manière dont les relations familiales peuvent façonner nos vies.
La constellation familiale est bien plus qu’une simple thérapie. C’est une exploration profonde de nos liens familiaux, de nos loyautés et de nos schémas inconscients. C’est une invitation à la transformation, à la libération et à la découverte de notre propre puissance.
Historique des constellations familiales
Courants et précurseurs
Bert Hellinger est souvent associé à la création des constellations familiales. Ce thérapeute allemand a modélisé, à partir de son expérience d’ancien prêtre allemand étudiant des communautés africaines, un outil thérapeutique travaillant sur la notion que les conflits personnels peuvent peuvent ne pas être qu’individuels mais répondent à une dynamique familiale plus large. Bien sûr, il s’appuie sur les avancées et questionnement de l’époque autour de la thérapie familiale, l’analyse transactionnelle, la psychogénéalogie, la sociologie, l’anthropologie. Les transmissions familiales inconscientes et les intrications familiales sont dans les années 1990 déjà évoquées par Anne Ancelin-Schutzenberger, Didier Dumas, Serge Tisseron et tant d’autres.
Quasiment au même moment, de l’autre côté du monde, en Amérique du sud, Alejandro Jodorowski, artiste franco-chilien, explore les constellations familiales en y ajoutant psychomagie et rituels.
Nous sommes vraiment dans les années 1990 dans une époque d’exploration thérapeutique où la recherche et la mise en place d’outils thérapeutiques favorisant le corporel et l’émotionnel émergent.
Aujourd’hui
Concrètement, nous trouvons aujourd’hui plusieurs formes de constellations familiales qui sont issues de ces différents courants qui eux-mêmes ont évolué :
- les formes plus classiques inspirées des débuts de Bert Hellinger. Elles sont dirigées par le constellateur qui mène les mouvements des représentants et propose des phrases à dire pour dénouer la situation. Ce sont les formes les plus cadrées. Elles travaillent sur un point précis sans aller dans du spectaculaire. Elles peuvent être critiquées par la grande place qu’à le constellateur.
- les “mouvements de l’âme” créées par Bert Hellinger vers la fin de sa pratique. Dans cette forme silencieuse, le constellateur laisse les représentants suivre spontanément leurs mouvements en incitant à garder un mouvement lent pour être au plus près de leurs perceptions sans intention. Comme la forme ci-dessous, elles peuvent être critiquées par l’absence de cadre.
- les formes de Alejandro Jodorowski où les constellants sont tirés au sort, où chacun, représentant et constellant, va se mouvoir dans la constellation et suivre son mouvement tout en étant guidé et où des rituels psychomagiques, de la musique, des mythes peuvent faire partie de l’expérience. Elles peuvent être critiquées par le spectaculaire émotionnel qu’elles autorisent et le flou de la forme.
Principes fondamentaux : les 3 grandes lois des constellations familiales
1- L’appartenance “Nul ne peut être exclu du clan”
Tout membre d’un clan familial, qu’il soit enfant, petit-enfant, cousin, oncle, grand-parent…, fait partie et appartient à ce système familial. La loi d’appartenance veut dire que tout membre a le droit d’appartenir à ce système, le droit d’y avoir une place, d’y être vu et reconnu. Cela ne veut pas dire qu’il doit y être apprécié mais juste que l’on reconnait la place qu’il a dans ce système.
Tous les ascendants et descendants, vivants et morts, ainsi que conjoint et fratrie font partie du clan.
Si 1 membre du clan est exclu, le système fera tout pour réintégrer ce membre au-travers de ces descendants. La culpabilité, ou la honte, associée à cette exclusion se transmet de génération en génération jusqu’à l’un des descendants réintègre le membre exclu.
Est considérée comme exclue toute personne physique, ou symbolique, qui appartient au système et qui a été rejetée par honte, tabou, secret, trahison, non-dits (et donc qui st transmet inconsciemment aux descendants). C’est une personne qui ne peut être honorée car trop de souffrance, de culpabilité ou de peur de blesser. Cela peut être :
- des enfants d’union antérieure, des enfants illégitimes
- des fausses couches ou des enfants morts nés
- des personnes décédées précocement
- des personnes s’étant suicidées
- des ex-partenaires/conjoint.es
- des parents biologiques s’il y a eut des adoptions dans la famille
- des personnes spoliées
- des bannis (personnes alcooliques, homosexuels, en situation d’handicap physique ou psychique, filles-mères…)
- des femmes mortes en couches
- symboliquement : un pays ou une culture non honorée après une émigration par exemple
Or, si une personne est exclue, sa mémoire rôde quand même dans le système familial…par les blancs, les silences, la culpabilité, le malaise… Nous pouvons parler de “fantôme”. Et très souvent un des descendants de manière inconsciente va se charger de réhabiliter cette personne exclue en empruntant la même voie qu’elle ou en ressentant des limitations qu’elle ne comprend pas.
Ex : en séance, une jeune femme enceinte n’arrivait pas à comprendre pourquoi elle avait autant peur de perdre son enfant à 6 mois de grossesse. C’était irrationnel et physiquement très anxiogène. En questionnant sa mère, elle apprend que celle-ci avait perdu un enfant avant elle à 6 mois de grossesse. Elle n’en avait jamais parlé car c’était un événement qui avait été très traumatique pour elle sans possibilité d’en parler à l’époque. Le fait de connaitre l’existence de cet enfant mort et de se dissocier de l’expérience de sa mère a pu permettre à la jeune femme enceinte de finir sa grossesse sereinement.
Nous sommes intriqués à notre système familial, que nous le souhaitions ou pas.
Pour la loi d’appartenance, tout membre a sa place dans le système.
NB : au début de sa pratique, Bert Hellinger a appliqué cette loi à tout les membres du système sauf à un meurtrier (je ne parle pas ici des meurtres durant une guerre). En effet, un meurtrier n’enlève pas seulement la vie à l’individu tué… il empêche les potentiels enfants à naître : il rompt une lignée. Dans ce cas, pour éviter que le clan du meurtrier ne porte cette malédiction. Certains constellateurs pratiquent cette règle, d’autres pas… A la fin de sa pratique, Bert Hellinger a supprimé cette clause pour appliquer la loi d’appartenance à tous, meurtrier y compris.
2- La préséance / l’antériorité / la hiérarchie
Cette loi indique que chacun occupe une place dans sa famille en fonction de son ordre d’arrivée et que cet ordre doit être respecté. Cela ne veut pas dire que le 1er est supérieur au premier… cela veut juste dire que le 1er était là avant et qu’il est important de respecter le fait qu’il était là avant. Lorsque cette loi n’est pas respectée, des conflits et rivalités émergent, renversant l’ordre familial.
Voici quelques prévalences relatives à la hiérarchie/préséance/antériorité dans le système familial :
- les parents précèdent les enfants
- les frères et sœurs (ainsi que les fausses couches et les enfants décédés) ont chacun leur place
- les différents partenaires ont chacun leur place
- les enfants d’une première union précèdent le nouveau conjoint.e
- les parents biologiques précèdent les parents adoptifs
Cette loi prête souvent à controverse. Il ne s’agit pas ici d’amour ou de préférence. Il s’agit de respecter la place de chacun. Je peux ne pas aimer mon frère ainé mais respecter le fait qu’il est à la 1ère place dans le sens de l’ordre d’arrivée et je suis le 2nd. Cela n’entame en rien l’amour.
Je préfère utiliser le terme préséance ou antériorité au terme hiérarchie qui prête plus facilement à confusion.
La loi d’appartenance et de préséance sont souvent interdépendantes. Si j ignore l’existence d’un enfant mort (loi d’appartenance), j’ignore l’ordre de chacun dans la fratrie (loi de préséance).
3- L’équilibre du donner et du recevoir
Cette loi pose que, dans une relation, il doit y avoir une recherche d’équilibre entre le donner et le recevoir pour que celle-ci perdure. Si l’un donne plus que l’autre, la relation s’étiole et périclite.
Cette loi a 1 exception : la relation parents-enfants! Les parents donnent et les enfants reçoivent et c’est dans l’ordre des choses. Les parents donnent la vie et, de ce fait, deviennent parents. Les parents ne sont pas en droit de revendiquer un éventuel “retour sur investissement”. Les enfants ne pourront jamais rendre ce qui a été donné. Ils peuvent participer à l’équilibre en honorant la vie qui leur a été donnée, en remerciant pour ce qui a été donné, en transmettant à leur tour ce qu’ils ont reçu ou en donnant la vie à leur tour. Certains parents n’ont pas été parents ou ont été maltraitants envers leurs enfants. Dans ce cas, les enfants n’ont rien à prendre de leurs parents sauf la vie qui leur a été transmise!
Dans toute relation amicale, fraternelle ou amoureuse, l’équilibre entre le donner et recevoir est important… Ce n’est pas un équilibre parfait où si tu me donnes 200g de chocolat, je te rends 200g de chocolat (là la relation meurt).
Ce donner-recevoir est valable pour ce qui fait plaisir et aussi pour ce qui blesse! Si j’ai été blessé mais que “je ne rends pas” un peu de cette blessure, la relation s’arrêtera comme si je me mettais un peu au-dessus ou un peu au-dessous).
Dans l’idéal, pour aider la relation à croître, à s’ouvrir davantage, chacun donne un peu plus que ce qu’il reçoit dans les chaudoudoux (ce qui fait du bien) et donne un peu moins que ce qu’il reçoit dans les froipiquants (ce qui blesse).
Ces 3 lois structurent les constellations familiales et chacune d’elle se décline longuement en explications et exemples que je vous encourage à lire dans de nouveaux ouvrages…